Accueil du site
Éditorial
Objectifs & méthode
Remerciements

Observations par pays :

INDEX : Royaume-Uni
Annexes

Commandes du livre
Liens


Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande du Nord
(1)

Capitale : Londres
PNB par habitant(e) en dollars : 21 400
Nature du régime : démocratie parlementaire
Nature de l'État : monarchie constitutionnelle
Population du pays : 59 400 000
Population carcérale totale : 65 244 au 7 avril 2000 (2)
Taux pour 100 000 habitant(e)s : 110
Population carcérale féminine : 3 356,
dont 491 mineures, au 7 avril 2000 (3)
Prévenues : 778 en janvier 1999 (3)
Condamnées : 2 397 en janvier 1999 (3)
Ministère de tutelle : ministère de l'Intérieur (Cabinet Office) (3)
Peine de mort : abolie

La forte croissance de la population carcérale féminine est source de problèmes à tous les niveaux : locaux, accès aux soins, activités. Le nombre de mineures augmente particulièrement. Des tensions et des cas de violence entre les détenues sont liés à la circulation et à la consommation de drogue dans les prisons. Plus de mille cas d'automutilation par des femmes sont rapportés en 1997 et 1998.

La population carcérale féminine représente 5 % de la population carcérale globale. Le nombre de femmes emprisonnées double entre 1993 et 1999. Le chiffre actuel de la population carcérale, de 3 356 au 7 avril 2000, est le plus élevé depuis 1905. Tandis que la population carcérale globale a augmenté de 30 % entre la fin de 1992 et le 1er décembre 1995, le nombre de prisonnières a crû de 57 % pendant la même période. De plus en plus de femmes sont condamnées : leur nombre a augmenté de 76 % entre 1993 et 1997, c'est-à-dire un taux de croissance plus du double de celui des hommes. Les femmes commettent 20 % de l'ensemble des délits et crimes. Au cours des 8 prochaines années, ce chiffre devrait augmenter de 15 %, soit 3 fois plus que pour les hommes.
Les caractéristiques de la population carcérale féminine sont les suivantes : 40 % des détenues ont commis un délit pour la première fois. Pour 70 % d'entre elles, il s'agit de la première incarcération. 26 % des femmes prévenues sont condamnées par la suite à une peine de prison. Elles ont passé en moyenne 41 jours en détention provisoire. En janvier 1999, 142 femmes sont condamnées à perpétuité, dont 5 jeunes femmes. Deux tiers des détenues ont moins de 30 ans.
Le nombre de mineures incarcérées et la durée de leur détention s'accroissent continuellement. 491 mineures entre 15 et 21 ans sont détenues au 7 avril 2000. Leur nombre augmente de 175 % entre 1992 et 1996. Le 26 mars 1997, une adolescente de 17 ans est condamnée à la prison à vie par un tribunal de Manchester pour un crime commis à l'âge de 12 ans. De plus en plus de mineures sont envoyées en prison pour des délits mineurs comme des bagarres.
Les étrangères représentent une proportion plus importante chez les détenues femmes : 24 % de la population carcérale féminine, contre 16 % chez les hommes. Fin janvier 1999, 464 migrantes sans titre, dont 9 de moins de 21 ans, sont détenues.

Le non-paiement d'amendes est un motif de condamnation à la prison. Les deux tiers des condamnations pour non-paiement de la redevance de télévision sont infligées à des femmes. Des cas de prostitution d'enfants sont traités comme des délits criminels. Près de 4 000 jeunes de moins de 18 ans, pour la plupart des filles, sont condamné(e)s entre 1989 et 1996 pour s'être prostitué(e)s.
En juin 1996, 55 % des femmes noires condamnées et 42 % des femmes originaires d'Asie du Sud sont détenues à la prison de Holloway pour avoir enfreint la législation sur les stupéfiants. La plupart de ces femmes sont incarcérées pour avoir transporté de la drogue sans en être elles-mêmes dépendantes. Le Royaume-Uni applique la double peine : les étrangères sont expulsées après avoir purgé une peine de prison.

Dans les prisons anglaises, trois détenues se suicident et une autre meurt de causes naturelles, en 1998. Quatre femmes décèdent entre 1996 et 1997. Six jeunes femmes se suicident en 18 mois à la prison écossaise de Cornton Vale entre 1995 et 1996.
Les enquêtes sur les décès survenus en prison sont internes. Elles ne sont pas supervisées par l'ombudsman des prisons. Leurs résultats ne sont pas rendus publics. Les familles ne sont souvent pas suffisamment informées sur les circonstances des décès.

Les tests de dépistage de drogue, obligatoires dans tous les établissements pénitentiaires, constituent un véritable traitement dégradant. Les détenues doivent uriner en présence d'un membre du personnel. Tout refus est traité comme un résultat positif et sanctionné. Les tests peuvent provoquer chez les détenues des remémorations d'abus sexuels anciens. 22 % des femmes incarcérées ont été abusées sexuellement avant l'âge de 18 ans, contre 6,2 % des hommes, en mai 1997. De nombreuses détenues préfèrent être sanctionnées tant cette expérience leur apparaît humiliante.
Toutes les femmes sont menottées avant et après l'accouchement, jusqu'en janvier 1997, date à laquelle cette disposition est modifiée. Certaines femmes sont encore enchaînées lorsqu'elles se rendent à un enterrement ou à un interrogatoire.
Une prisonnière enceinte reste menottée à des agents alors qu'elle est transférée à l'hôpital pour une échographie de routine en 1997. Les menottes lui sont enlevées seulement lorsqu'elle est allongée sur le lit et parce que le radiologue insiste.
Theresa McDonagh, enceinte de 4 mois et demi, aurait été menottée à une autre prisonnière et à un radiateur avant d'être entendue au tribunal, le 27 janvier 1998.
Róisn McAliskey, enceinte au moment de son arrestation en novembre 1996, est cataloguée comme prisonnière particulièrement dangereuse (catégorie A). Elle est détenue en isolation totale pendant 6 jours dans une cellule insalubre du quartier de haute sécurité d'une prison réservée aux hommes, avant d'être transférée à Holloway. Seule prisonnière de la catégorie A dans cette prison, elle se voit interdire tout contact avec les codétenues. Elle est fouillée au moins 75 fois en 3 mois, également avant et après chaque visite, bien qu'elle n'ait droit à aucun contact physique. La nuit, la lumière électrique est allumée toutes les heures lors des contrôles de sécurité. Son seul accès à l'exercice en plein air est le toit de la prison. Celui-ci est d'une petite surface, couvert de grilles métalliques ne laissant pas entrer suffisamment la lumière naturelle. Elle est obligée de grimper pour y accéder, alors qu'elle est dans un état de grossesse avancée. Elle ne reçoit pas les soins médicaux que nécessite son état de santé. Elle a développé une ostéoporose pendant son incarcération, ainsi qu'un traumatisme mental.

Des plaintes pour harcèlement sexuel et conduites criminelles au sein de la police métropolitaine londonienne sont déposées. Des officiels de la police engagent des enquêtes concernant une centaine de cas.
Un agent de la prison de Risley est suspendu en janvier 1998. Il est accusé d'un viol et de trois cas de harcèlement à l'encontre de détenues.
Un surveillant a été licencié à Holloway après avoir soudoyé une détenue avec de la nourriture et du tabac afin qu'elle dénude ses seins. Il la regardait par le judas et se masturbait.

Des systèmes hiérarchiques peuvent se mettre en place entre les détenues. Des groupes de femmes, organisés en gangs, montent des trafics et des rackets. Ils ont recours à la violence sous forme d'agressions directes (menaces, usage de la force, intimidation, insultes verbales et sifflets) et indirectes (commérage, exclusion des activités sociales). Des bagarres violentes entre détenues sont signalées.
Des harcèlements et des viols entre détenues sont dénoncés dans plusieurs prisons, dont Bullwood Hall, Holloway et Risley, sur des codétenues suspectées de cacher de la drogue dans leur vagin ou leur anus. Des objets comme des fourchettes sont utilisés lors de ces viols. Des détenues en possession de tranquillisants prescrits par un médecin se voient maltraitées par les autres, qui cherchent les médicaments pour se droguer. Les détenues gardent souvent le silence, de peur d'être encore plus tyrannisées.
Certaines catégories de détenues sont plus susceptibles d'être exposées à la violence : celles condamnées pour violence ou délits sexuels à l'encontre d'enfants, celles qui ont “chargé” les personnes jugées en même temps qu'elles pour se décharger lors de l'audience.
Certaines femmes de tendance hétérosexuelle deviennent homosexuelles en détention. Les relations homosexuelles entre détenues sont tolérées dans une certaine mesure par les autres prisonnières et par le personnel. Le règlement prévoit que des femmes ayant de telles relations puissent être séparées pour maintenir l'ordre et la discipline. Elles sont passibles d'une punition de mise en isolement de 14 jours.

Les femmes détenues pour cause de situation irrégulière sont enfermées en attendant qu'il soit statué sur leur sort. Entre 90 et 100 femmes en moyenne sont ainsi détenues à la prison de Holloway, aux centres de Harmondsworth (près de l'aéroport de Heathrow) et de Tinsley House (près de l'aéroport de Gatwick) ou dans des postes de police. La capacité d'accueil à Tinsley (28 places) est toujours atteinte à 100 %. Aucun texte spécifique n'existe concernant le traitement des personnes demandeuses d'asile dans les prisons ou les centres de détention. Le personnel manque de compétences spécifiques à leur égard. Selon l'Immigration Act de 1971, la durée de la détention administrative n'est pas limitée. Sa durée moyenne est de 152 jours. Elle peut durer plus d'un an. Les détenues n'ont aucune possibilité de recours devant un tribunal en ce qui concerne leur détention. Contrairement aux personnes accusées d'un délit criminel, les personnes demandeuses d'asile ne reçoivent pas obligatoirement de déposition écrite spécifiant la raison de leur détention. Elles n'ont pas systématiquement le droit de formuler une demande de libération sous caution.

Les Prison Rules de 1964 prévoient la séparation des femmes et des hommes (article 9). Les détenues majeures ne sont pas séparées selon leur âge et la gravité du délit commis.
Le principe de séparation entre les détenues majeures et les détenues mineures n'est pas toujours respecté. Aucune institution n'est réservée aux mineures. Celles-ci sont détenues dans des cellules distinctes au sein des prisons pour femmes majeures (4). Elles partagent avec les adultes l'usage des lieux communs. Dans certaines prisons, quelques prisonnières âgées de 40 à 50 ans sont placées dans des cellules de mineures, censées avoir une influence positive sur elles. Des cas sont dénoncés de détention de filles mineures dans les mêmes cellules que des femmes condamnées pour des violences et délits sexuels à l'égard d'enfants, dont celui d'amener des filles de 15 ans à la prostitution. Les mineures sont parfois enfermées 18 heures par jour en cellule avec les adultes, en raison du manque de personnel.

Onze établissements détiennent uniquement des femmes (5), cinq sont des prisons pour hommes dans lesquelles une section est réservée aux femmes (6). Un nombre limité d'établissements reçoit des détenues en attente de jugement : Brokehill, Eastwood Park, Holloway, Low Newton, New Hall, Risley. Les prisons accueillant des femmes sont d'importance très variable.
La prison de Holloway est la seule spécialement aménagée pour recevoir des détenues femmes. C'est la plus grande prison pour femmes d'Europe occidentale, avec une capacité d'accueil de 532 places. Elle est soumise à une grande fluctuation : deux tiers des prisonnières y sont détenues pour 1 mois environ.
L'aile H de la prison de Durham est un quartier de haute sécurité à l'intérieur d'une prison fermée qui accueille 850 hommes. Entre 40 et 50 femmes purgeant des longues peines et autant purgeant des courtes peines y sont détenues. Elles peuvent souffrir de claustrophobie, notamment en raison de l'aménagement de l'aile et parce qu'elles n'ont pas le droit d'aller dans d'autres parties de la prison, à l'exception du centre médical. Pendant leur promenade dans la cour, elles ne sont pas protégées des regards des détenus hommes.
Les transferts entre les différents établissements, à l'hôpital et au tribunal, s'effectuent dans des véhicules délabrés. Chaque prisonnière est enfermée dans une cellule individuelle du véhicule, de dimensions très réduites. Assise sur un banc dur, elle peut à peine bouger. La pluie entre dans certaines cellules. Aucun dispositif n'est prévu pour les mères transférées avec leurs enfants. Elles doivent les tenir dans les bras pendant tout le trajet. Des femmes enceintes de 7 mois sont amenées au tribunal dans de tels véhicules. Les détenues trouvent des taches de sang et des odeurs d'urine. L'escorte peut décider que le trajet se fasse sans pause toilettes. Les femmes n'ont pas de possibilité de lui signaler quoi que ce soit. Des femmes voyagent ainsi de Holloway à Durham pendant 6 heures d'affilée.


Certaines prisons sont touchées par la surpopulation. Des dortoirs de la prison de East Sutton Park sont d'une taille insuffisante. Les cellules de Low Newton, prévues pour une personne, sont toutes partagées par deux détenues.

Selon les établissements, l'hébergement peut se faire en cellule individuelle, en cellule collective ou encore en dortoir. Winchester est la seule prison où les détenues possèdent la clef de leur cellule. Les cellules ne sont pas assez chauffées à Durham.
Les règlements internes notifient tous les objets qu'une détenue peut posséder, ainsi que la quantité. Tout article ne figurant pas dans la liste est interdit, comme les draps de lit, le chewing-gum, l'encens. Ces listes varient sensiblement entre les différents établissements. Les détenues transférées de façon répétée ne sont pas informées des objets autorisés dans la nouvelle prison.

Les coutumes alimentaires des femmes originaires de minorités ethniques sont rarement prises en compte.
Les détenues de Brockhill et de Durham ont rarement la possibilité de prendre leurs repas en commun.

Les conditions d'hygiène varient d'un établissement à l'autre et au sein de chacun. Celles des nouvelles arrivantes sont particulières : les cellules réservées aux entrantes à Foston Hall sont dépourvues de sanitaires. Les prisonnières ne peuvent ni aller aux w-c la nuit, ni utiliser un pot de chambre. Dans toutes les prisons, les femmes indigentes qui entrent en prison et qui n'ont pas de soutien extérieur doivent attendre une semaine avant de pouvoir recevoir des vêtements propres.
Les dispositifs sanitaires ne permettent souvent pas de préserver l'intimité. Dans de nombreuses cellules, les w-c sont situés immédiatement à côté de la porte, visibles aux agents de surveillance lors de leurs contrôles par le judas.
Les détenues reçoivent des serviettes hygiéniques. Elles doivent échanger leurs serviettes usagées contre des serviettes propres.
En novembre 1998, l'eau est coupée pendant 36 heures à Risley. Les détenues sont responsables de l'entretien et du lavage de leurs vêtements, à Holloway. Le règlement intérieur prévoit qu'elles peuvent posséder jusqu'à six tenues différentes. Les bagues avec pierre ne sont pas autorisées. Il est interdit aux prisonnières de prêter ou de donner leurs vêtements ou tout autre bien qu'elles possèdent à une autre détenue.

Le personnel médical affirme que l'examen médical à la réception est trop bref au vu de la quantité de problèmes de santé des femmes arrivant en détention. Les prisonnières sont plus susceptibles que les autres femmes dans la population générale d'avoir des problèmes physiques et psychologiques comme l'asthme, l'épilepsie, l'hypertension, des crises d'angoisse, des dépressions ou des maux d'estomacs. Elles ont plus de problèmes de règles et de ménopause, plus de difficultés auditives et visuelles, de problèmes de fonctionnement des reins et de la vessie. Chaque jour, 20 % des détenues demandent à voir un médecin ou une infirmière, contre 10 % des hommes. Des cas de gale sont signalés au début de l'année 1999, à Durham.
Les soins dentaires sont souvent négligés. À Drake Hall, la liste d'attente est si importante que seules les détenues condamnées à plus de 12 mois ont une chance d'obtenir une consultation. Une jeune détenue de Cookham Wood va jusqu'à se mutiler en janvier 1999 pour obtenir des antibiotiques afin de soigner une infection après une extraction dentaire.
Toutes les prisons ne font pas de frottis de l'utérus et excluent ainsi de fait une partie des femmes détenues du programme national de lutte contre le cancer. 16 % des femmes qui consommaient de la drogue par intraveineuse avant leur détention sont séropositives, soit le double des hommes. Rendu obligatoire dans toutes les prisons, le test de dépistage des drogues détecte plus facilement les drogues douces que les drogues dures. Bon nombre de détenues délaissent donc le cannabis au profit de l'héroïne. Cela engendre de nouvelles dépendances, de nouveaux conflits et une aggravation de la violence. Le traitement des détenues toxicomanes est très limité dans certains établissements. Un seul conseiller pour les toxicomanes doit travailler avec une population pénale féminine dont 90 % est estimée avoir des problèmes sérieux de dépendance, à la prison de Risley. Aucun programme de méthadone n'est prévu dans cette prison. À la prison de Bullwood Hall, aucun traitement ou conseil n'est dispensé. Dans certaines prisons, des centres de désintoxication, appelés drug-free units, sont mis en place. Les détenues y reçoivent une aide pendant 3 mois, au terme desquels elles sont replacées dans leur cellule.
Les soins apportés aux femmes souffrant de troubles mentaux sont inadéquats. Selon une étude de l'Office national des statistiques, à la fin de 1997, les névroses sont plus courantes chez les femmes détenues que chez les hommes. En mai 1997, 57 % des prisonnières condamnées ont été diagnostiquées comme ayant des désordres mentaux, contre 38 % des hommes. Chez les femmes en détention provisoire, ce chiffre s'élève à 76 %. La majorité des désordres mentaux sont des névroses, des troubles de la personnalité, l'abus et la dépendance à des substances illicites. La plupart des femmes sont concernées par au moins 2 de ces problèmes. Trois des 16 établissements pour femmes ont un psychologue à plein temps, en mai 1997. La majorité des autres reçoit parfois la visite d'un psychologue basé dans une autre prison. Les détenues se voient régulièrement prescrire des doses élevées de médicaments psychotropes. Certaines prisons pour femmes combinent pour les détenues des antidépresseurs, des tranquillisants et des somnifères.

Les femmes enceintes ne bénéficient pas d'un traitement spécifique. Elles se plaignent d'être enfermées jusqu'à 22 heures par jour dans leur cellule jusqu'au huitième mois de leur grossesse.
Les tests de grossesse sont facultatifs. 17 femmes ont eu recours à une interruption volontaire de grossesse entre 1997 et 1998. Des jeunes femmes enceintes sont incitées à avorter contre la promesse d'obtenir une place dans l'une des trois prisons ouvertes, places qui sont très prisées. Une seule prison déclare être organisée par rapport aux femmes qui ne souhaitent pas continuer leur grossesse. Ces femmes sont envoyées au service local de conseil à l'extérieur de la prison. Certaines détenues cachent leur grossesse, de peur d'être séparées de leur bébé.
En février 1997, une détenue de Risley donne naissance à son bébé dans sa cellule après avoir caché sa grossesse pendant plus de 3 mois.
Holloway est le seul établissement pénitentiaire où les femmes enceintes peuvent être transférées dans une zone particulière de la prison, appelée D zéro. Ce quartier, destiné aux prisonnières “vulnérables”, reçoit également des détenues psychiquement perturbées, psychotiques et autres. La façon dont la grossesse est envisagée dans ce quartier est critiquée comme purement médicale et dépassée. Les détenues ont également accès 2 fois par semaine à un gymnase et à une piscine.
63 % des femmes n'ont pas accès à des soins prénatals dans leur lieu de détention. La plupart des soins fournis sont conditionnés par les impératifs de sécurité et limités. Les places dans les unités mères-enfants étant insuffisantes, leur obtention est ressentie comme un moyen de contrôle des prisonnières enceintes. Les deux tiers des détenues qui ont droit à une place dans une unité mères-enfants déclarent ne pas avoir reçu d'informations sur les équipements lors de leur arrivée en prison. Ce sont les prévenues qui semblent le plus manquer d'information.

Les gardiens qui accompagnent la femme enceinte à l'hôpital doivent être, si possible, de sexe féminin. Le personnel pénitentiaire ne doit pas assister à l'accouchement ni aux examens intimes. Lorsque le “travail” trop rapide ne permet pas le transfert jusqu'à un hôpital, des naissances ont lieu dans l'enceinte même de l'établissement pénitentiaire. En 1998, 72 bébés naissent en prison.

Quatre prisons disposent d'unités spécialement créées pour recevoir les mères et leurs bébés : Askham Grange, Holloway, New Hall et Styal, avec un total de 64 places (7). En 1998, 10 femmes n'y ont pas accès. Des prisons comme Risley, prévues pour les détenues en attente de jugement, n'ont pas de dispositif pour que les mères puissent garder leur bébé. L'unité mères-enfants de la prison la plus proche, Styal, ne reçoit que des femmes condamnées. La plupart des mères prévenues sont séparées de leur bébé, qui est remis aux services sociaux immédiatement après la naissance.
Les unités mères-enfants étant des drug-free units, les enfants sont régulièrement fouillés. Les conditions de détention dans ces unités sont plus souples : les portes de cellules restent ouvertes, les règlements interdisant d'enfermer un bébé dans une cellule. Certaines détenues ressentent une pression plus forte à se conformer aux règles afin de pouvoir rester dans une telle unité.
Les cellules de l'unité mères-enfants d'Askham Grange sont dépourvues de toilettes. La mère d'une petite fille de 10 jours témoigne que les cuisines sont toujours sales. La mère d'un bébé de 11 mois se plaint que les jouets ne sont pas faits pour des enfants de cet âge. Ils ne sont pas souvent renouvelés.
Les enfants sont séparés de leur mère à l'âge de 9 mois à Holloway et à New Hall, et à 18 mois à Askham Grange et à Styal. Les bébés peuvent être laissés à leur mère jusqu'à l'âge de 21 mois si la détenue est proche de la fin de sa peine. Ceux des mères qui purgent une longue peine sont enlevés dès l'âge de 10 mois.
L'administration annonce en décembre 1999 sa volonté de revoir les procédures d'admission dans les unités mères-enfants et de mettre en place des mesures pour leur gestion.

Les principaux motifs de sanctions sont le manque de respect et les injures envers le personnel, ainsi que le refus de procéder à une analyse d'urine permettant de détecter la présence de drogue. Les sanctions sont énumérées dans l'article 47 des Prison Rules. Elles peuvent prendre la forme d'un avertissement, de l'interdiction de certaines activités pendant une durée maximale de 21 jours ou d'une peine supplémentaire de 42 jours maximum. Certains privilèges”comme les livres, la télévision ou les visites, peuvent leur être supprimés pour une durée maximale de 42 jours. La paye peut être suspendue pendant la même période. Les détenues peuvent être transférées d'une prison à une autre pour raisons disciplinaires. Les prisonnières punies peuvent être enfermées 14 jours dans une cellule de confinement ou dans une cellule capitonnée, complètement vide. Les femmes sont plus souvent punies que les hommes pour des infractions aux règlements (460 punitions pour 100 femmes, contre 368 pour 100 hommes en 1994).

Aucune mutinerie n'est signalée dans les prisons des femmes. Une unité d'intervention en cas de mutinerie est mise en alerte mais n'intervient pas, le 13 juillet 1996 dans la prison de Cookham Wood.
Annette Hewins, détenue à Eastwood, estime être incarcérée à tort. Elle entame une grève de la faim en 1997. Elle est rapidement rejointe par 12 autres détenues.
Selon une étude de l'Office national des statistiques à la fin de 1997, les femmes détenues et les prévenu(e)s sont particulièrement sujettes aux tentatives de suicide. Plus d'un quart des prévenues déclare avoir tenté de se suicider dans l'année ayant précédé l'entretien. Le risque de tentative d'automutilation ou de suicide est particulièrement important à l'arrivée des détenues. La grande majorité des suicides survient dans les quatre premières semaines d'incarcération.
Les cas d'automutilation augmentent légèrement en 1997-1998 par rapport à l'année précédente. Le problème est crucial chez les femmes et dans les prisons locales. 1 107 cas d'automutilation féminine sont rapportés en 1997-1998 contre 730 en 1996-1997. L'automutilation est considérée par l'article 47 des Prisons Rules comme motif de sanction disciplinaire. Les détenues qui se mutilent sont souvent mises en isolement.

En 1996, le personnel travaillant exclusivement dans les prisons de femmes s'élève à 1 918 personnes. Le nombre de surveillant(e)s est de 68 pour 100 détenues en moyenne.
Il varie de 39 à Winchester à 95 à Bullwood Hall et Holloway. L'administration pénitentiaire pratique un gel des recrutements : les effectifs restent inchangés depuis 1992, malgré l'augmentation considérable du nombre de personnes incarcérées. Le manque de personnel est surtout important dans les prisons locales qui reçoivent les femmes arrivant des tribunaux. L'absence pour congé maladie est beaucoup plus fréquente chez le personnel travaillant dans les prisons pour femmes que pour hommes.
Parmi les 1 751 personnes en contact direct avec les détenues, 695 sont des hommes. Sur les 16 prisons accueillant des femmes, 5 sont dirigées par une femme, en 1998. Le personnel masculin des prisons pour femmes ne reçoit aucune formation spécifique. Il n'a pas le droit de fouiller les détenues ni de les observer en toutes circonstances.

L'éloignement des prisons des lieux d'habitation des détenues et les difficultés d'accès entravent de fait le droit au maintien des liens avec l'environnement social. Aucune prison pour femmes n'est située au pays de Galles. Sur les 16 prisons recevant des femmes, 11 sont difficiles d'accès en transports en commun. Les proches des détenues doivent parcourir 100 km en moyenne pour leur rendre visite. Des trajets de 4 heures pour une visite de 45 minutes sont fréquents. Pour se rendre à la prison de Drake Hall, le taxi coûte près de 20 £ (1 livre = 9,98 FF au 30 avril 1999) aller-retour.
Les prévenues ont droit à 1 h 30 de visite par semaine, les condamnées à 1 heure par mois. Dans les faits, des visites supplémentaires sont accordées aux prévenues et aux condamnées. La nourriture, les produits hygiéniques et cosmétiques ne sont pas admis lors des visites. Les visites conjugales sont interdites. Les visiteuses et visiteurs, y compris les enfants, peuvent être fouillé(e)s, de même que leurs effets personnels. Les couches des nourrissons sont parfois enlevées et examinées.
Les conditions pour les visites des enfants sont inégalitaires. Dans certaines prisons, seul un espace est laissé libre sur le sol pour que les enfants jouent et un petit tas de jouets est mis à leur disposition. Près d'un tiers des prisons pour femmes, dont Holloway, prévoient des visites pour enfants ou familles pendant toute une journée. Près de 4 000 enfants sont touchés par l'incarcération de leur mère.
Les pièces dans lesquelles ont lieu les visites sont souvent mal éclairées et déprimantes. Certaines n'ont pas de fenêtres ni d'accès à la lumière du jour. Le parloir à Holloway est trop petit par rapport au nombre de détenues. Les machines qui vendent de la nourriture et des boissons sont souvent hors service. Chaque détenue peut être soumise à une fouille après chaque visite.
Les prisonnières ne sont jamais prévenues de leur transfert, pour des raisons dites “de sécurité”. Les proches, ne l'étant pas non plus, peuvent alors se déplacer pour rien. Dans d'autres cas, les détenues se plaignent que le temps de visite soit écourté parce qu'elles sont informées trop tard de l'arrivée des visiteuses et visiteurs.

Les offres de formation et de travail ont généralement trait à l'entretien des locaux, à la cuisine et au jardin. Le travail pénitentiaire consiste notamment à fabriquer des produits industriels et des produits agricoles. Beaucoup d'activités restent d'ordre traditionnellement féminin : les détenues fabriquent des jouets, suivent des cours d'arrangement de fleurs, de repassage ou d'économie ménagère. Les détenues qui ont une activité travaillent environ 25 heures par semaine. Le salaire minimum est de 4 £ par semaine.
À Durham, les femmes ont très peu d'accès à la formation, alors que les détenus hommes ont un grand choix. Les cours sont limités à huit détenues à la fois, pour une population carcérale de 97 femmes. À la prison de Styal, 10 détenues soigneusement choisies travaillent dans un centre de vente par téléphone. Elles peuvent obtenir des qualifications professionnelles reconnues à l'extérieur de la prison. Leur salaire atteint 9 £ par semaine. Une partie de leurs gains est retenue à la base ou reversée à l'administration afin de payer les frais de détention. Les autres cours sont orientés sur le travail domestique.
À Askham Grange, comme dans toutes les prisons ouvertes, le nombre de femmes pouvant être employées à l'extérieur de la prison a fortement diminué à cause des restrictions récentes concernant la libération conditionnelle, imposées par l'administration pénitentiaire. Les places de travail sont en nombre insuffisant à East Sutton Park. Les détenues rencontrent des difficultés de transport les empêchant d'utiliser la possibilité prévue de travailler en dehors de cette prison ouverte. Le travail est insuffisant à la prison de New Hall.

L'effectif de personnel susceptible de surveiller les activités est insuffisant par rapport à l'augmentation de la population carcérale féminine. Par conséquent, le temps accordé aux femmes pour se réunir avec leurs codétenues est limité. Les femmes passent de plus en plus de temps enfermées dans leur cellule. Le personnel socio-éducatif est insuffisant en nombre, en raison de restrictions budgétaires. Les cellules individuelles d'Eastwood Park sont à peine suffisantes pour être utilisées autrement que pour dormir. L'absence d'activités s'y fait encore plus sentir. À Cookham Wood, où certaines femmes purgent des longues peines, les détenues n'ont droit aux réunions du soir que un jour sur deux. À Bullwood Hall et à Low Newton, les activités sont limitées et souvent annulées. Les détenues restent fréquemment enfermées dans leurs cellules pendant de longues durées à Risley.
Les périodes, en semaine, pendant lesquelles les détenues peuvent faire du sport vont en diminuant. Très peu d'activités sont organisées les week-ends et les cours du soir sont souvent annulés, parce que le personnel éducatif doit pourvoir à la pénurie de personnel de surveillance.

Les détenues peuvent contacter leurs avocat(e)s par écrit ou par téléphone. Les appels doivent être effectués aux heures de bureau, plus coûteuses. Ils sont d'autant plus chers que la plupart des femmes sont incarcérées loin du tribunal qui les a condamnées. Elles doivent attendre leur tour pour appeler et bénéficient de peu d'intimité. Les détenues ont légalement droit à une assistance juridique. L'efficacité de ce service varie considérablement d'une prison à l'autre. En cas de transfert rapide d'une prison à l'autre, il est fréquent que les conseils ne soient pas donnés dès le premier établissement.
Selon une enquête réalisée en 1993, trois quarts des détenues déclarent n'avoir pas reçu assez d'informations sur le fonctionnement de la prison lors de leur arrivée. Toutes les prisonnières ne reçoivent pas le Prisoners'Information Book, mis à jour annuellement par l'administration pénitentiaire et l'organisation Prison Reform Trust. Les détenues illettrées n'ont pas accès à l'information.

Des alternatives à l'emprisonnement existent. Les femmes n'y ont pas toujours un accès égalitaire, notamment en raison du nombre limité de services réservés uniquement aux femmes et de l'absence de gardes pour les mères en charge d'enfants.
Le Criminal Courts Act de 1973 habilite un tribunal à soumettre une personne à la supervision du service de probation pour une période pouvant aller de 6 mois à 3 ans. Ces ordres peuvent être accompagnés d'obligations supplémentaires comme celle d'habiter dans un centre de probation ou d'effectuer un travail d'intérêt général.
Les détenues condamnées à plus de 4 ans sont susceptibles d'être relâchées sur parole, après avoir subi la moitié de leur peine. Les décisions de libération sur parole ne sont pas prises dans la prison où est incarcérée la personne.
Le Prison Service Standing Order 13 stipule les conditions dans lesquelles une personne détenue souffrante peut être libérée pour des raisons de santé.
Un programme de surveillance électronique est mis en place au 28 janvier 1999. Des personnes condamnées à une peine allant de 3 mois à 4 ans peuvent être libérées jusqu'à 2 mois plus tôt, à condition d'accepter de porter un indicateur électronique de localisation pendant le reste de leur sentence. Ce programme est considéré comme un succès : moins de 5 % des personnes placées sous surveillance électronique ont dû retourner en prison entre janvier et août 1999 pour avoir transgressé les obligations. 2 020 personnes, hommes et femmes, sont concernées par cette mesure au 7 avril 2000.


 

Un rapport gouvernemental publié en août 1999 indique que 2 femmes sont tuées par semaine par leur partenaire ou leur ancien compagnon. Selon le même rapport, les cas de viol déclarés ont plus que triplé en 10 ans et une femme sur 4 est victime de violence domestique à un moment de sa vie. En 1998, 7 119 cas de viol sont dénoncés. Selon le British Crime Survey, 180 000 cas de violence domestique sont dénoncés, 20 033 cas d'attentat à la pudeur sont recensés. En Irlande du Nord, les déclarations de cas de violence à l'égard des femmes se sont multipliées depuis le cessez-le-feu. Selon certaines enquêtes, les violences domestiques sont celles qui ont la plus faible probabilité d'être dénoncées à la police.

 

Des poursuites criminelles pour harcèlement sexuel sur le lieu de travail doivent être effectuées sous une législation concernant le harcèlement en général, mais non spécifique au harcèlement sexuel. Les requêtes civiles concernant le harcèlement sexuel et la discrimination sur la base du genre prennent parfois jusqu'à 3 ans avant de comparaître devant un conseil de prud'hommes.

 

Le taux de chômage féminin est de 5,4 %. Selon la commission gouvernementale pour l'égalité des chances, les femmes gagnent environ 20 % de moins que leurs homologues masculins pour des postes similaires. Les ong indiquent que le salaire relatif a seulement augmenté de 8 % au cours des 25 dernières années.

 

Notes dans le texte :

(1) Cette notice porte essentiellement sur l'Angleterre et le pays de Galles.


(2) En Angleterre et au pays de Galles.


(3) Pour l'Angleterre et le pays de Galles ; offices indépendants pour l'Irlande du Nord et l'Écosse.

(4) Brokehill, Bullwood Hall, Drake Hall, East Sutton Park, Holloway, New Hall, Risley, Styal.

(5) Askham Grange (ouverte, 130, Yorkshire), Brockhill (fermée, 160, Worcestershire), Bullwood Hall (fermée, 130, Essex), Cookham Wood (fermée, 160, Kent), Drake Hall (ouverte, 160, Staffordshire), East Sutton Park (ouverte, 100, Kent), Eastwood Park (fermée, 135, Gloucestershire), Foston Hall (fermée, 182, Derbyshire), Holloway (fermée, 500, Londres), New Hall (fermée, 200, West Yorkshire) et Styal (fermée, 260, capacité de 455 places à partir d'avril 1999, Cheshire). Données entre parenthèses : caractéristique de la prison, nombre de détenues en moyenne en 1997, comté.

(6) Durham (fermée, 40, North East), Highpoint (fermée, jusqu'à 200, Suffolk), Low Newton (fermée, 50, Durham), Risley (fermée, 160, Cheshire) et Winchester (fermée, 80, Hampshire).

(7) Vingt places pour mères condamnées àAskham Grange, 13 places pour mères prévenues ou condamnées àHolloway, 9 places pour mères prévenues ou condamnées New Hall et 22 places pour mères condamnées à Styal.

INDEX : Royaume-uni

ABCDEFGHILMNOPRSTV